L’amour qui n’est pas la folie n’est pas
l’amour.
-
Pedro
Calderon
Bien qu’il ne soit composé que de cinq lettres, le mot amour est l’un des plus
grands. Qu’est-ce que l’amour ? C’est une question éternelle qui est
probablement sans réponse, mais c’est quand même amusant de chercher une
réponse. Mon article présente quelques approches de l’amour, principalement la
plus intéressante – l’amour entre la femme et l’homme.
Le premier problème est sémantique, le mot ‘amour’
étant utilisé de façons tellement différentes. Peut-être plus que n’importe
quel autre mot, "amour" peut signifier tout, ou presque rien. On
l’utilise souvent sans même y penser. Quand quelqu’un dit ‘Je l’aime’ en parlant
de la personne qui partage sa vie, ça ne veut pas dire grand-chose pour moi,
jusqu’à ce que j’en sache beaucoup plus sur leur relation.
Signalons aussi que dans d’autres langues, le mot
‘amour’ a un usage plus limité; par exemple en polonais il est impossible de
dire ‘J’aime le chocolat’.
1 Je
ne peux pas vivre avec toi ni sans toi.
2 En amour le paradoxe est que deux choses deviennent une et pourtant
restent deux. (Erich Fromm)
3 Quel
paradis est l’amour ! Quel enfer ! (Thomas Dekker)
4 La réduction de l'univers à un seul être, la dilatation d'un seul
être jusqu'à Dieu, voilà l'amour.
(Victor Hugo)
5 L'illusion qu'une femme est différente d'une autre. (HL Mencken)
6 Dieu est Amour, j'ose dire. Mais quel Diable malin est l'Amour. (Samuel Butler)
7 Il en est du véritable amour comme de l'apparition des esprits :
tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu. (La Rochefoucauld)
8
Il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime. (Jean 15.13)
9 En
amour, la ruse est de bonne guerre.
10 Si quelqu'un dit: J'aime Dieu, et qu'il haïsse son frère, c'est un
menteur; car celui qui n'aime pas son frère qu'il voit, comment peut-il aimer
Dieu qu'il n’a pas vu? (Jean 4.20)
11 Plaisir d'amour ne dure qu'un moment. Chagrin d'amour dure toute
la vie. (J-P Claris de Florian)
12 L'amour est
avant tout le don de soi-même.
(Jean Anouilh)
13 Il n'y a guère de gens qui ne soient honteux de s'être aimés,
quand ils ne s'aiment plus.
(La Rochefoucauld)
14 Un
cœur qui aime est la sagesse la plus vraie. (Charles Dickens)
15 Aimer et être prudent
Dépasse
la force d'un homme. (William
Shakespeare)
On
ne dirait pas que toutes ces citations se rapportent à la même chose. Comment peut-on
éviter la confusion ?
Comment pouvons-nous comprendre le crime passionnel,
quand un mari jaloux tue la femme qu’il adore, ou le dicton ‘Qui aime bien
châtie bien’ ?
Une grande confusion
vient du fait que le mot ‘amour’ fait référence à la fois à une émotion et à
une attitude ou prédisposition. L’émotion que nous ressentons dans notre cœur et que l’on appelle
l’amour, est une expérience fugitive, comme tous les autres sentiments. Ca peut
durer une journée, une heure ou seulement un instant. Cela ne peut demeurer
permanent et immobile, pas plus que la colère ou la tristesse, aussi longtemps
qu’elles puissent durer. Bien que ce soit merveilleux de ressentir cette
émotion appelée l’amour, quand cette émotion est absente, elle est absente, et
on ne peut la provoquer même par la meilleure volonté du monde. Contrairement à l’émotion de l'amour, l’attitude de l’amour peut être une
orientation permanente.
La différence déterminante
entre l’amour-sentiment et l’amour-orientation est visible dans le comportement
d’une personne qui aime passionnément mais qui agit cruellement envers l’objet
de son amour.
L’émotion de l’amour
n’est pas une forme plus intense de l’amitié ; c’est fondamentalement
différent. Certaines personnes aiment
une personne mais ne l’apprécient pas. Une autre erreur
courante est de voir l’orientation de l’amour comme « tout ou rien ».
Si je fais quelque chose en
étant complètement désintéressé, alors cet acte est une expression de mon
amour, quelle que soit son importance, et indépendamment de mes sentiments pour
cette personne.
Le sentiment d’amour
est souvent, mais pas toujours, accompagné de l’orientation d’aimer,
c’est-à-dire être gentil avec ceux qu’on aime. Pourtant, on peut prendre soin d’une personne sur une
longue période de temps, pendant laquelle on peut ne ressentir de l’amour que
de temps en temps, voire même pas du tout.
Stephen Covey a pointé que l’amour
se fonde sur des actes, autant que par les sentiments qu’il nous inspire. Les gens conduits par leurs sentiments ne prennent
pas de responsabilité en amour. Ils n’ont pas conscience que le sentiment
d’amour peut se reconquérir. Il se regagne quand nous agissons d’une façon
aimante : en affirmant, appréciant, en étant attentif, gentil, affectueux,
en faisant de petits sacrifices et en étant généreux, en communiquant, et en
cherchant à comprendre notre partenaire. Un autre exemple est de ne pas
remarquer les petits défauts de l’autre personne. Il est important de réaliser
que ces actions ne dépendent
pas du sentiment d’amour
mais que l’amour en est la conséquence. Les personnes qui agissent avec amour
créent le sentiment d’amour en elles-mêmes. Evidemment c’est ainsi que l’autre
personne répondra d’une façon positive.
On peut argumenter que nous avons besoin d’être
créatifs pour être aimants envers les autres personnes. Par contraste, regardez
le mari qui achète le même bouquet d’oeillets rouges tous les vendredis pour sa
femme.
Krishnamurti a fait une distinction entre l’amour et le sentiment :
Être sentimental, être émotif, ce n'est
pas de l’amour, parce que la sentimentalité et l'émotion sont seulement des
sensations. Une personne croyante qui
pleure au sujet de Jésus ou de Krishna, au sujet de son gourou ou de quelqu'un
d'autre, est simplement sentimentale, émotive, il lui est impossible de
savoir ce qu’est l'amour. Encore, ne sommes-nous pas émotifs et sentimentaux ? La sentimentalité, l’émotivité, est simplement une forme
d'auto-expansion. Être empli d'émotion n'est
évidemment pas de l’amour, parce qu'une personne sentimentale peut être cruelle
quand on ne répond pas à ses sentiments, quand ses sentiments ne trouvent pas
d’exutoire. Une personne émotive peut être motivée pour haïr, pour faire la
guerre, pour massacrer. Un homme qui est sentimental, plein de
larmes pour sa religion, n'éprouve sûrement aucun amour.
Scott Peck ajoute, « C’est facile et
pas du tout déplaisant de trouver une preuve d’amour dans nos propres
sentiments. Cela peut être
difficile et douloureux de chercher une preuve d’amour dans nos propres actes. »
Il cite l’exemple d’un alcoolique dans un bar qui, les larmes aux yeux, parle
au cafetier de l’amour qu’il a pour sa femme et ses enfants, et qui ont besoin
de son attention à ce même moment. Dans une veine différente, Chet Snow prévient de ne pas prendre l’amour pour
« le manège émotionnel et égocentrique de l'attirance sexuelle et du désir
de possession. »
Pour revenir aux 15 citations, toutes
ne sont pas facilement classables comme émotion ou orientation. Je pense que
les n° 1, 3, 5, 6, 9, 11, 13 et 15 se réfèrent clairement à une émotion, tandis
que les n° 8, 10, 12 et 14 se réfèrent clairement à une orientation. Peut-être
que ce que nous disent vraiment ces citations c’est que l’amour est tellement
mystérieux que personne ne sait réellement ce que c’est. L’amour est comme le contenu d’une boîte noire : chacun
de nous y voit ce qui lui importe le plus.
J’ai
pensé à ce qu’est l’amour pour moi, personnellement, quels en sont les aspects
essentiels tels que je les ai vécus. J’ai listé : l’attention, la gentillesse et
l’affection, être en communion avec empathie, et la confiance. L’amour réduit
la séparation entre moi et une autre personne. Je le ressens comme un lien
véritable, que je vis au plus profond de moi-même.
Au regard de ma liste, il me semble
que le sentiment et l’orientation ne peuvent pas être séparés. Prenons
l’attention, il s’agit bien d’une orientation, mais peut-elle être séparée du
sentiment ? Vous êtes sûrement attentionné parce que vous ressentez
quelque chose pour cette personne ou cette chose. La gentillesse et l’affection
sont des sentiments mais peuvent-elles être séparées d’une attitude
amicale ? La proximité est un sentiment mais c’est aussi une décision de
s’impliquer, d’accepter d’être vulnérable, de laisser tomber nos défenses. « Etre en communion avec » est
évidemment un sentiment, mais il existe un autre mot pour l’exprimer :
empathie, qui est une forme de relation à l’autre. L’empathie peut être juste une
technique, comme dans le conseil. La
confiance est une attitude mais qui est clairement chargée de sentiment.
C’est
la question de l’oeuf et de la poule : est-ce que je me sens proche de ma
partenaire parce que je l’ai décidé ou parce que c’est une tendance chez moi,
ou bien mon attitude d’ouverture naît-elle du sentiment que j’ai quand je suis
avec elle ? Il
est clair que l’un se nourrit de l’autre. Quand je pense à mon amour pour elle je pense à ma relation
à elle, et cette relation inclue à la fois les sentiments et les orientations,
qui sont inextricablement liés.
Ainsi la division de l’amour en
sentiment et orientation est quelque part artificielle. Un peu comme de parler des traces que laissent les roues avant
et arrière d’un vélo, qui roulent sur le même chemin. C’est bien de se rappeler que nous,
les êtres humains, sommes basiquement conduits par nos émotions. Nos attitudes
et nos orientations de vie ne viennent pas d’analyses ou de pensées
rationnelles, mais naissent de notre vie émotionnelle. Pourtant il me semble que diviser simplement l’amour en
sentiment et orientation peut nous aider à comprendre le paradoxe des gens qui
sont cruels envers ceux qu’ils disent aimer. En bref, on ne peut être égoïste et
cruel envers l’autre personne si notre attitude envers elle est aimante.
A
des fins d’analyses, il me semble que l’amour peut être divisé en sentiment et
orientation, et que cette orientation d’amour peut être elle-même divisée en
plusieurs composantes. Cependant rien de complexe ne peut être réduit à la somme de
ses composants, et l’amour particulièrement. Ainsi il est important de se
rappeler que ce que je présente ci-dessous n’est qu’un modèle, une façon de
tenter de comprendre ce qu’est l’amour. Si cela trouve une résonnance avec
votre propre expérience ou clarifie les choses alors cela aura servi à quelque
chose.
L’amour-orientation est basiquement
prendre soin de la personne que nous aimons. C’est vouloir le bien-être de
l’autre personne sans aucun profit pour soi-même. L’amour est de la bonne
volonté sans motivation. Nous pouvons
facilement dire si nous aimons ou pas. Nous aimons si nous faisons quelque
chose pour une personne purement parce que nous lui voulons du bien, sans arrière-pensée
de récompense, de gratitude, ou même d’augmentation de l’estime de soi. Une
indication est quand nous n’avons pas besoin que l’autre personne sache que
nous avons fait quelque chose pour elle. Cela va sans dire, les actes accomplis
par obligation, devoir ou culpabilité ne sont pas des expressions de l’amour.
L’amour est sa propre motivation.
Etant la source ultime de motivation, il n’y a rien derrière. Il y a beaucoup
d’autres motivations, tels que le plaisir, la sécurité, le pouvoir, l’acceptation,
le devoir, la liberté et l’accomplissement. Ces autres motivations manquent de l’auto-suffisance de
l’amour. Quand vous aimez quelqu’un, vous en prenez soin pour son propre bien,
pas pour le bénéfice ou l’effet que vous en retirez. L’objet de votre amour a une valeur
intrinsèque pour vous, c’est-à-dire une valeur indépendante de votre propre
existence. L’amour a besoin du profit pour l’autre, sans profit pour soi-même.
Peut-être en fin de compte que l’amour c’est vouloir le profit pour l’univers,
pas pour notre bien individuel.
Je ne sais pas s’il est possible
d’analyser le sentiment que nous appelons l’amour. Cependant, l’amour-orientation dans une relation adulte peut
être analysée en composantes : l’attention, le respect, la connaissance,
le don, le savoir-recevoir, l’acceptation et l’intimité.
L’attention
est primordiale. L’amour sans attention n’a aucun sens.
Vous ne pouvez pas aimer ceux que
vous ne respectez pas, vous ne pouvez qu’en avoir pitié. L’amour implique une considération inconditionnelle,
c’est-à-dire respecter et apprécier l’autre personne, indépendamment de ce que vous
pensez de ce qu'elle fait ou dit. Il est possible de respecter même un petit
enfant, d’apprécier son autonomie et de respecter ses potentialités.
Il est essentiel de connaître la
personne, autrement vous pouvez n’aimer que l’idée que vous vous faites de
cette personne et pas la personne elle-même. C’est ce qu’on appelle la
projection – voir à l’intérieur des autres ce qui est en fait dans votre propre
esprit. La connaissance impliquée dans
l’amour n’est pas un élément statique ; c’est plutôt une compréhension grandissante de l'autre
personne, une perception de plus en plus précise de ce que cela fait d'être elle.
Si vous n’êtes pas dans le don avec
la personne que vous dites aimer, alors elle ne compte pas vraiment pour vous.
Bien sûr, tous les dons ne sont pas l’expression de l’amour. Le mari accro à son boulot qui donne de l’argent
mais est avare de son temps en est une illustration évidente. Donner d’une
manière aimante signifie répondre aux attentes ou aux besoins des autres, pas
seulement donner ce qui est facile pour vous. Connaître l’autre est indispensable
puisque ne pas savoir ce dont il a besoin peut saboter votre don. La transaction – je te donne ceci si tu me donnes
cela – n’est pas non plus une expression de l’amour.
La
nécessité de savoir recevoir est moins évidente. Si vous savez donner mais pas
recevoir, cela signifie que vous ne vous mettez pas au même niveau que l’autre personne.
Si c’est une habitude dans la relation, cela conduit au mépris, bien qu’on n’en
soit pas forcément conscient. Il n’y a de véritable lien avec l’autre que quand
on sait à la fois donner et recevoir librement. Si on ne sait pas recevoir
alors on reste séparés. Recevoir est plus facile à dire qu’à faire. Il est
souvent plus facile de faire une faveur que d’en demander une. Un aspect
intéressant du savoir-recevoir est que vous aurez toujours un problème avec
cela tant que vous serez incapable de donner sans
en attendre rien en retour.
Evidemment
c’est impossible d’aimer quelqu’un que l’on n’accepte pas. Le jugement que vous
portez ne peut que causer la séparation. La question serait donc plutôt :
A quel point avez-vous besoin d’accepter quelqu’un pour pouvoir l’aimer ?
L’intimité est l’élément le plus
complexe et le plus fascinant de l’amour. L’intimité c’est être lié à l’autre
par un contact émotionnel profond, un sentiment de proximité avec l’autre.
C’est l’exact opposé de la séparation ou de l’aliénation. Les manifestations
les plus carastérisques de l’intimité sont la tendresse et l’affection. Un
trait important de l’intimité est que c’est irremplaçable. On peut remplacer un
beau visage ou un beau corps – ou même une belle personnalité – par un autre.
Il n’en est pas de même avec cette qualité appelée l’intimité.
L’intimité
est plus une forme de relation à l’autre qu’un sentiment. Etre intime avec une
personne signifie que nous sommes vraiment nous-mêmes avec elle, sans aucune
barrière ni façade. C’est possible
seulement quand on est à l’aise avec l’autre, idéalement au point de se sentir
comme quand on est seul avec soi-même. Ca prend du temps, ou plus exactement,
cela requiert un processus long et mutuel de révélation de soi-même. Enfin,
l’intimité signifie être totalement connu de l’autre, c’est-à-dire ne rien
tenir caché consciemment. Montague Ullman explique l’importance de cela, « La
liberté de dévoiler qui l’on est est également la liberté d’être
soi-même. »
Il y a quatre facteurs
importants liés à l’intimité : l’empathie, l’ouverture, la vulnérabilité et la
confiance.
Si les
sentiments de la personne que vous aimez n’ont pas beaucoup de valeur pour vous
alors c’est une forme d’amour de bas niveau, si c’est de l’amour. Ca ne peut aussi qu’empêcher
l’intimité. Ainsi l’empathie – être attentif aux sentiments de l’autre et les
respecter – est également indispensable. Si
vous n’êtes pas ouvert alors vous ne vous impliquez pas dans la relation, ce
qui exclue l’intimité. Le manque d’ouverture mais couplé avec l’empathie signifie une relation
inégale, comme dans les situations de conseil. Quand nous sommes sensibles et répondons aux sentiments des autres
mais sommes incapables de dévoiler nos propres sentiments intimes, alors nous
maintenons une défense. A moins qu'il y ait à la fois l'ouverture et
l'empathie, la séparation demeure. Ceci est
similaire au besoin de donner et de recevoir.
L’intimité
demande plus que d’être connu, cela signifie être totalement accessible.
Car une totale
intimité signifie être touché au plus profond de soi par l’autre, sans aucune
barrière. Cette volonté ou capacité à s’autoriser à être touché est inhérente à
la vulnérabilité.
La vulnérabilité est paradoxale. Bien
qu’elle semble être une faiblesse, c’est en fait une force. En réalité nous
sommes tous vulnérables parce que nous sommes sensibles. Pourtant nous dissimulons souvent notre vulnérabilité sous une
apparente dureté, l’humour, en étant cynique ou en intellectualisant.
S’autoriser à être vulnérable signifie ouvrir son cœur à l’autre. Cela peut conduire à être blessé par
l’autre mais l’alternative est de construire une barrière défensive, ce qui est
finalement encore plus douloureux. La vulnérabilité dépend de la confiance en
l’autre.
Holmes et Rempel pensent que les peurs suivantes contribuent à la peur d’être
vulnérable : la peur d’être rejeté et blessé ; la peur de perdre son
individualité ou d’être englouti ; la peur de voir ses faiblesses
exposées ; la peur des ses propres impulsions destructrices si on déchaîne
ses sentiments ; la peur que l’information divulguée soit utilisée
ultérieurement comme munitions ; la peur de perdre le contrôle.
Je crois que la confiance est la clef de
voûte de l’intimité dans une relation d’amour entre deux adultes. La confiance
est plus qu’un haut degré d’ouverture et d’honnêteté des deux côtés. Ca
comprend la certitude de pouvoir compter sur l’autre, que l’autre ne se
comportera pas de façon irresponsable ou égoïste dans les moments importants.
Avoir confiance en l’autre implique de sa part une loyauté et une affection
inconditionnelles. Dit simplement, la confiance est l’assurance de savoir où on
en est avec l’autre, que l’autre personne est « de notre côté ».
Enfin, avoir confiance en quelqu’un signifie ne pas en avoir peur. Sans
un degré quelconque de confiance, l’intimité est impossible.
Peut-on
différencier l’amour de l’amitié par les qualités d’attention, de respect, de
connaissance, de don, de capacité à recevoir, d’acceptation et
d’intimité ? Je crois
qu’elles s’appliquent toutes dans une vraie relation amicale. La différence entre l’amitié et l’amour érotique est que ce
dernier inclue cette substance magique qu’est la passion – « un état de
désir intense de s’unir à l’autre ». Il s’agit bien sûr d’un sentiment qui ne
peut appartenir à la liste des orientations. Et puis, il y a le meilleur ami de
l’homme, le sexe. La passion donne naissance à un
attachement fort et au besoin, mais je les vois comme des effets conjoints, qui
n’appartiennent pas à l’amour en tant que tels. Cela va sans dire que si un
couple s’aime mutuellement (c’est-à-dire avec les sept qualités citées), alors
ce sont également des amis proches. Ainsi je ne pense pas que l’amour en tant
qu’orientation puisse se différencier de l’amitié. Après tout, n’aimons-nous
pas nos plus proches amis ? Seule manque la dimension érotique, ainsi que,
peut-être, une différence de degré.
Robert Sternberg a avancé un modèle
d’amour composé d’intimité, de passion et d’engagement. Il définit ce dernier comme, à court terme la décision d’aimer
l’autre, à long terme un engagement de maintenir cet amour. Son idée est
intéressante car elle nous permet de distinguer différentes sortes de
relations, telles que : l’amitié (seulement l’intimité), l’engouement
(seulement la passion), le mariage de raison ou d’intérêt (seulement
l’engagement), le compagnonnage (l’intimité et l’engagement sans la passion),
l’amour romantique (la passion et l’intimité sans engagement), le
« mariage façon Hollywood » - quand un couple se marie deux semaines
après s’être rencontré (l’engagement et la passion sans l’intimité), et l’amour
véritable (les trois ensemble).
Cependant
je pense que la division de Sternberg est trop simpliste, puisqu’elle
omet quelques-uns des ingrédients essentiels de l’amour - tels que l’attention et le don. Quant à l’engagement, je crois que
c’est un effet, et non pas un composant de l’amour. Deux personnes voudront en effet naturellement rester ensemble si
elles s’aiment. Vivant
une telle relation depuis 34 ans, je peux dire qu’une décision consciente de
rester ensemble n’a jamais fait partie du tableau pour aucun de nous. Plutôt,
le désir de rester ensemble a été le résultat de notre amour l’un pour
l’autre. D’autre part, une personne qui regimbe
à s’engager parce qu’elle préfère sa liberté à sa relation, ne peut pas goûter
les fruits de l’amour, ou du moins c’est ce qu’il me semble.
Il existe d’innombrables proverbes qui
louent le miracle de l’amour. A part quelques cyniques (comme La
Rochefoucauld), quasiment tout le monde admet que l’amour est une des
meilleures, sinon la meilleure chose dans la vie. Si c’est vrai alors
pourquoi ne vivons-nous pas tous abondamment l’expérience d’aimer et d’être
aimé ? C’est un des grands paradoxes de
la vie, et un qui reçoit peu d’attention. Quelques-uns des aphorismes cités
suggèrent que, comme toute chose dans la vie, l’amour a un prix. Quel pourrait
bien être le prix de l’amour – quand l’amour est gratuit pour tous ?
Le prix de l’amour est que ça nécessite de
limiter notre ego. J’utilise le mot ego au sens familier du terme, comme dans
« Il se vante parce qu’il a des problèmes d’ego. » Par ego, je veux
dire l’image que chacun de nous a de soi-même et dans sa relation au monde.
Nous nous donnons parfois beaucoup de mal pour protéger cette image. L’ego inclue un attachement à notre propre importance, à ce
que les autres pensent du bien de nous, à nos propres opinions, à ce que nous aimons et à ce que nous n’aimons pas, et à nous
voir nous-mêmes sous une lumière flatteuse. Deux mots sont de bons synonymes
d’ego : prestige et orgueil.
L’ego
est un faux sens de l’identité, un semblant que nous nous efforçons de
préserver. C’est l’ego qui nous empêche de reconnaître nos torts. Ainsi nous pouvons préférer perdre
un ami qu’une dispute. Un exemple clair de l’ego au travail est quand nous
essayons de sauver la face. L’ego est un
sens de la fierté faussé qui masque une profonde insécurité. Dès que nous sommes sur la défensive
c’est notre ego qui agit. Car l’ego est comme un ballon gonflé que nous
veillons constamment à ne pas crever. L’ego est un narcissisme fragile qui nous
coûte beaucoup. Ca peut se résumer à être accroché à avoir les choses comme on
les veut. Si mon ego est très développé alors je
verrai chacun, et chaque chose, existant seulement pour mon profit.
Le
conflit entre l’amour et l’ego devient clair quand nous passons en revue les
sept composants de l’amour. L’affection demande un transfert de notre intérêt
de soi-même vers autrui. Le respect n’est possible que si nous ne sommes pas englués en
nous-mêmes. Connaître l’autre nous oblige à
déplacer notre centre d’intérêt vers les autres. Le don va à l’encontre de l’égotisme. Recevoir va à l’encontre de l’orgueil. Accepter l’autre nous
oblige à abaisser nos jugements basés sur notre ego. L’empathie nécessaire à l’intimité n’est
possible que si nous sommes véritablement centrés sur l’autre personne, nous
mettant de côté pour le moment. De la même façon, l’ouverture signifie abaisser
nos propres défenses. Faire confiance et se montrer
vulnérable n’est possible que si nous ne craignons pas d’être envahi ou rejeté
par l’autre.
Une bonne relation ne devrait pas
constituer un accomplissement. Il suffit que je sois gentil avec toi si tu es
gentil avec moi. C’est une forme simple d’amour
conditionnel où tout le monde est gagnant. Pourtant même cela est difficile pour les
êtres humains. Une raison en est la présence de deux egos. Un autre problème
est du aux idées incompatibles de comment chaque partenaire pense que l’autre
devrait se comporter. Aussi, tandis que nous voyons et expérimentons directement tout ce que
nous faisons pour l’autre, et sommes très conscients de nos propres besoins,
nous sommes beaucoup moins conscients de ce que l’autre fait pour nous
et de ses besoins. Nous
ressentons nos blessures directement et douloureusement ; nous devons
imaginer ce que l’autre ressent réellement. Peu d’entre nous font de vrais
efforts dans ce domaine.
Cela nous ramène à l’importante
observation de Covey : que je peux créer le sentiment d’amour en moi-même par le
biais d’actes d’amour. Je peux le faire en étant
attentif et en respectant l’autre, en m’intéressant vraiment à l’autre, en
étant généreux et en l’aidant, en lui permettant de me donner (en lui demandant
une faveur) et en lui montrant que
je l’accepte. Agir d’une façon qui favorise l’intimité est encore plus direct.
En faisant ça je peux écouter et montrer que je comprends les sentiments de
l’autre personne, divulguer ce que je ressens profondément, m’autoriser à
montrer mes propres faiblesses, et agir d’une façon qui lui montre que je lui
fais confiance.
Le
psychologue John Gottman a dit « Le sexe, le romantisme et la passion sont
recevoir l’information et l’énergie, par opposition à les émettre. Ainsi il ne
s’agit pas d’être sexy ou séduisant, il s’agit de s’intéresser à votre
partenaire, d’être réceptif et connaître l’autre, et de recevoir
de l’autre personne quelque chose de profond et de fondamental. C’est une
décision de chaque instant d’être intéressé par
l’autre personne, de lui rendre hommage. » Les personnes douées pour les
relations ont cette habitude de rechercher des choses à apprécier.
L’amour
est fragile et vulnérable, contrairement à la colère ou à la haine. Le tester peut le briser. Nous nous indignons si l’autre présume trop de notre amour. C’est une comparaison vulgaire, mais
la relation d’amour est un peu comme un compte bancaire : si l’autre effectue plus de retraits que de
dépôts, alors notre amour pour l’autre en souffre.
C’est important de rappeler qu’il y a deux personnes impliquées, et que le
donneur et le receveur ne donneront pas la même valeur à un acte généreux. Si nous donnons sans considération de la personnalité du
receveur, alors le résultat peut être contre-productif, par exemple nous
pouvons heurter sa fierté. D’un autre côté, la connaissance agit comme un levier, en ce sens que
quelque chose qui me coûte peu à faire peut être ressenti comme un grand geste
par l’autre personne. Il est beaucoup plus facile de satisfaire son partenaire
quand on est sensible à ses
besoins.
Une autre division fondamentale se trouve
dans l’amour conditionnel et inconditionnel. L’amour conditionnel est basé sur
l’ego. En gros, c’est : je t’aime parce que tu me donnes ce que je veux.
Ou encore : tu es à la hauteur de mes idéaux et je juge que tu mérites mon
amour.
L’amour inconditionnel signifie aimer
l’autre personne indépendamment de ce qu’elle fait, ou même de la façon dont
elle nous traite. Cela signifie aimer le pécheur, pas le péché. L’exemple
courant d’amour inconditionnel est l’amour maternel. Par contraste, l’amour
paternel est conditionnel, demandant à l’enfant d’être à la hauteur des idées
de son parent. Cela signifie qu’on n’est pas aimé pour soi-même mais parce ce
qu’on plaît. L’amour maternel et l’amour paternel ne doivent pas être pris au
sens littéral, puisqu’ils font référence à des archétypes. Ainsi un père actuel
peut aimer d’une façon quasiment maternelle, tandis que son épouse aimera leur
enfant d’une façon plutôt paternelle.
Certains
affirment que seul l’amour inconditionnel est l’amour véritable. Bien que je reconnais que l’amour
inconditionnel est une forme d’amour plus pure, je pense que c’est une vision
trop rigoureuse. Que celui qui aime d’un amour
complètement inconditionnel jette la première pierre !
Krishnamurti
a écrit:
Le problème est : qu'est-ce
que l’amour sans mobile ? Existe-t-il un amour sans motivation, sans vouloir retirer quelque chose pour soi-même de cet
amour ? Existe-t-il un amour où on ne se sente pas blessé quand cet amour n’est
pas réciproque ? Si je vous offre mon amitié et que vous me tournez le
dos, est-ce que je n’en souffre pas ? Est-ce que ce sentiment d’être
blessé, est le résultat de l’amitié, de la générosité, de la sympathie ?
Sans doute, tant que je me sens blessé, tant qu’il y a de la peur, tant que je
vous aide en espérant que vous puissiez m’aider…ce n’est pas de l’amour. Si vous
comprenez cela, la réponse est là.
Krishnamurti résume son intransigeance par : « Le soi n’existe pas quand
on aime. » Je pense qu’il est certain que moins on a d’ego, plus on peut
aimer facilement. Les
personnes trisomiques l’illustrent d’un façon
poignante.
Dans “L’insoutenable
légèreté de l’âme » de Milan
Kundera, une femme dit à son mari qu’elle aime plus son
chien qu’elle ne l’aime lui, ou plutôt, qu’elle aime le chien d’une
« meilleure façon ». Je pense qu’elle veut dire qu’il est plus facile
d’aimer un chien sans conditions, sans attendre de lui autre chose que d’être
un chien.
Aimer est plus
important que d’être aimé (je parle de l’attitude d’amour). Pourquoi ?
parce que votre amour est en vous-même, ce n’est pas un facteur extérieur dont
vous dépendez. C’est votre expérience intérieure que personne ne peut vous
enlever. Aimer est sous votre contrôle et vous en êtes complètement
responsable. Ca vaut aussi la peine de noter que les gens semblent prendre plus
de plaisir à donner qu’à recevoir.
L’attitude d’amour est
l’orientation la plus positive et la plus productive envers les gens et la vie
en général. Comme un effet secondaire, il se trouve que cela vous assure d’être
aimable. Tandis qu’être aimé ne vous garantit pas que vous êtes aimable.
On peut vous aimer pour des raisons qui ne sont pas liées à votre valeur en
tant que personne, comme la richesse, la beauté ou le statut.
Krishnamurti l’exprime mieux que je sais
le faire :
Vous voulez être aimé
parce que vous n’aimez pas ; mais dès que vous aimez, c’est terminé, vous
ne vous souciez plus si quelqu’un vous aime ou pas. Tant que vous demandez à
être aimé, il n’y a aucun amour en vous ; et si vous ne ressentez aucun
amour, vous êtes laid, bestial, alors pourquoi vous aimerait-on ? Sans
amour vous êtes un être mort ; et quand un être mort demande à être aimé,
il est toujours mort. Au contraire, si votre cœur est empli d’amour, alors vous
ne demandez jamais à être aimé, vous ne tendez jamais votre bol à quelqu’un
pour le remplir. Seul le vide demande à être rempli, et un cœur vide ne sera
jamais rempli en courant après les gourous ou en cherchant l’amour de mille
autres façons.
John Lee a fait une intéressante classification des formes d’amour
existant entre la femme et l’homme : érotique, amical et ludique. L’amour
érotique se caractérise par une attirance physique instantanée et puissante.
L’amoureux érotique recherche son idéal de beauté. C’est une forme passionnée
d’amour. A l’opposé, l’amour amical est basé sur l’amitié et le compagnonnage,
plutôt que sur un sentiment intense. Ces amants restent souvent bons amis après
une rupture. L’amant ludique, quand il n’est pas aux côtés de celle qu’il aime,
aime celle qui est à côté de lui. Ils contrôlent leurs émotions et ne pensent
pas que l’amour est aussi important que le travail ou les autres activités. Il
me semble que la forme ludique se réfère à une façon de se comporter avec le
sexe opposé, plutôt qu’à l’amour dans un sens véritable.
Robin Norwood fait une distinction similaire en opposant eros avec agapé.
Eros « concerne un amour passionné, tandis qu'agapé décrit une relation
stable et engagée dénuée de toute passion, qui existe entre deux
individus profondément attentifs l’un à l’autre. » Norwood remarque que nous sommes conditionnés pour accepter l’illusion
qu’une relation passionnée (eros) nous apportera la satisfaction et le
contentement (agapé). « La peur est le prix à payer pour la passion, et la
douleur et la peur mêmes qui nourrissent l’amour passionné peuvent le détruire.
Le prix à payer pour l’engagement stable est l’ennui, et la sécurité et la
sûreté mêmes qui cimentent une telle relation peuvent aussi la rendre rigide et
sans vie. » Sa solution pour résoudre ce dilemne éternel est de développer
l’intimité véritable. Cela signifie une exploration encore plus profonde des
« mystères pleins de joie entre un homme et une femme ».
Norwood
est célèbre pour son livre « Les femmes qui aiment trop ». Je pense
que le titre est mal choisi : les femmes n’aiment pas trop, mais certaines
aiment mal – d'une façon dépendante,
unilatérale, sans connaissance ou intimité, sans recevoir et donc sans
attention pour elles-mêmes.
Aucune
confusion concernant les sentiments humains n’est plus universelle ou n’a plus
brisé les cœurs que la différence entre la projection et l’amour véritable.
Entre « être amoureux » (c’est-à-dire l’amour romantique) et
« aimer ». Quand nous projetons, nous n’établissons pas de relation
aux autres mais aux aspects qu’ils évoquent de notre propre psyché.
L’amour romantique,
surtout le coup de foudre, est un exemple classique de projection. Un homme qui
tombe amoureux de cette façon n’est pas liée à l’autre personne puisqu’il
ne la connaît pas du tout. A la place, il répond à sa propre image de la femme
idéale (c’est-à-dire son anima). En fait, moins il connaît la femme, plus il
lui est facile de projeter son idéal intérieur sur elle. Mettre une femme sur
un piédestal n’est aucunement élever son statut, mais plus une façon d’éviter
de traiter avec elle comme une personne. Une femme parle ainsi de son
propre manque d'amour, en disant : « Si je l’avais aimé
je n’aurais pas vu ses défauts. » Ainsi le dicton « L’amour est
aveugle. » Plus précisément, l’amour sans la connaissance – c’est la
projection – est aveugle.
Richard Roberts a écrit :
Naturellement quand on tombe amoureux, il se produit une
projection ; autrement l’individu qui nous enchante ne se détacherait pas
du reste des gens. Quand on voit ça se produire chez un de nos amis, nous
disons « Je me demande ce qu’il lui trouve. » Quand ça nous arrive à
nous, nous sommes certains que l’objet de notre amour a des qualités spéciales
que les autres n’ont pas.
Il
va sans dire qu’il est insupportable pour une personne aimée de supporter l’image
de dieu ou de déesse que la personne qui l’aime projette sur elle. Quand
l’amoureux réalise que l’autre personne est imparfaite, juste comme elle est,
la désillusion s’ensuit et la période « d’être amoureux » se termine.
Avec de la chance, l’expérience d’amour romantique peut se transformer en
expérience d’amour – qui est d’apprécier l’autre personne pour ce
qu’elle est, pas pour ce que nous aimerions qu’elle soit. D’une autre façon,
cela peut amener le « projectionniste » déçu à rechercher une autre
personne de qui tomber amoureux.
L’étape
d’être amoureux a un goût de paradis, mais cela ne dure pas. Le reste de la
relation ne peut pas tenir cette « hauteur ». Naturellement, nous
voulons retrouver ce sentiment merveilleux. Mais comment ? J’aimerais avoir la réponse !
Etre dans une relation d’amour continue donne de
belles récompenses, mais qui ne sont pas aussi spectaculaires que celles dues à
la phase « être amoureux ».
Hollywood et les romans romantiques ont encouragé le faux mythe de
« l’amour vrai » - celui où trouver le partenaire idéal résoud
magiquement tous les problèmes relationnels. Ce faux jugement est gardé vivant
par le processus normal de développement et de désintégration d’une relation
(pour les relations qui ne durent pas). Une personne passant à travers ce
processus compare le pire du dernier partenaire avec le meilleur du nouveau
partenaire. Il serait difficile de ne pas le faire, puisque les souvenirs de
l’ex-partenaire en amoureux ont été gravement endommagés, souvent enterrés par
des années d’amertume et d’acrimonie. De cette façon, les gens risquent de
répéter une expérience qui se terminera mal, parfois même avec un partenaire
très similaire au précédent. A la question de savoir s’il se remarierait, un
homme divorcé a répondu : « Oh que non, je trouverais plutôt une
personne que je hais et je lui offrirai une maison. »
Comme le dit Samuel
Rogers, « Ce n’est pas important de savoir qui on
épouse, parce qu’on est sûr de réaliser le lendemain matin que c’était
quelqu’un d’autre. » Le
psychologue John Gottman a étudié les relations durables depuis plus de 30 ans.
A la question : “Les choses qui nous font tomber amoureux
de quelqu’un sont-elles annonciatrices d’une relation durable réussie ?” Gottman a répondu : “D’après ce que je sais elles ne prédisent
rien. L’amour romantique est une mauvaise base pour le mariage."
Erich Fromm va encore plus loin :
L’amour n’est pas d'abord une relation à une personne précise ; c’est une attitude, une
prédisposition du caractère qui détermine la relation d’une personne au monde
dans son entier, pas seulement envers un « objet » d’amour. Si une
personne aime une seule autre personne en étant indifférente aux autre êtres
humains, son amour n’est pas de l’amour mais un attachement symbiotique, ou un
égoïsme élargi à une autre personne qu’elle-même. Pourtant, la plupart des gens
croient que l’amour est constitué par son objet, et non pas par la faculté même
d'aimer. En fait, les gens croient même que c’est une preuve de l’intensité de
leur amour quand ils n’aiment personne sauf la personne « aimée ».
Parce qu’on ne voit pas qu’aimer est une activité, un pouvoir de l’âme, on
croit que tout ce qui est nécessaire est de trouver le bon « objet »
- et que tout ira de soi après ça. Cette attitude peut être comparée à celle de
l’homme qui veut peindre mais qui, au lieu d’apprendre la technique artistique,
affirme qu’il a juste à attendre le bon objet, et qu’il peindra
merveilleusement quand il l’aura trouvé. Si j’aime véritablement une personne
j’aime toutes les personnes, j’aime le monde, j’aime la vie. Si je peux dire à
quelqu’un « Je t ‘aime », je dois pouvoir dire « En
t’aimant, j’aime toutes les autres personnes, j’aime le monde, je m’aime aussi
moi-même. »
Etre
amoureux manque de quelques éléments-clefs de l’amour. D’abord, l’acceptation –
car nous aimons l’autre personne parce qu’elle semble correspondre à notre
idéal intérieur, pas pour ce qu’elle est. L’intimité – puisqu’une relation de
profonde confiance n’a pas encore été construite. Par dessus tout, la
connaissance - nous ne connaissons simplement pas encore l’autre personne. A
cause de cela, le respect ne signifie rien si nous respectons une idéalisation,
pas la personne. Cela nous donne un indice pourquoi les gens sont si amers par
la rupture d’une histoire d’amour : ils se sentent profondément trompés.
Trompés parce que la personne idéale qu’ils voyaient dans leur partenaire s’est
révélée tout simplement humaine.
Gloria Steinem a observé, «La romance est
un moyen qui mène à la fin de la réalisation de soi, mais l’amour est une fin en soi.» Cela
mène au critère le plus net pour distinguer « aimer » d’ « être
amoureux », écrit par Margaret Anderson : « Dans l’amour
véritable on veut le bien de l’autre personne. Dans l’amour romantique on veut
l’autre personne. »
Ce
critère peut s’appliquer à d’autres formes d’amour. Ainsi une mère qui voit son
enfant comme une partie d’elle-même ou comme lui appartenant n’est pas une mère
aimante. Fromm explique :
La mère ne doit pas
seulement tolérer, elle doit souhaiter et soutenir la séparation d’avec son
enfant. C’est seulement à ce stade que l’amour maternel devient une tâche tellement difficile, nécessitant de
l’abnégation, la capacité à tout donner et à ne rien vouloir à part le bonheur de la
personne aimée. La femme
narcissique, dominatrice, possessive, peut réussir à être une mère
« aimante » tant que son enfant est petit. Seule la femme qui aime
vraiment, la femme qui est plus heureuse en donnant qu’en recevant, qui est
fermement enracinée dans sa propre existence, peut être une mère aimante quand
son enfant est dans la phase de séparation.
Comme
dans l’amour érotique, le parent a besoin de faire une transition d’une forme
d’amour à une autre – d’aimer son enfant parce qu’il lui appartient à aimer l'adulte
en devenir pour la personne unique qu’elle est, pas seulement
comme une fille ou un fils."
A
propos de la projection, on se demande « Pourquoi tomber amoureux est-il
une expérience "sommet" si merveilleuse, alors qu’il s’agit tout simplement de l’illusion appelée
projection ? ». C’est parce que la personne amoureuse accède à la
plus profonde et plus pure part de sa nature. Le problème est qu’elle le situe
à l’extérieur d’elle-même, alors qu'en fait cela se trouve à
l’intérieur d’elle-même. L’erreur ne vient pas que l’aspect
divin n’existe pas, mais d’où on le perçoit.
Evidemment l’autre personne a aussi cette merveilleuse partie en elle ; le
truc est que la personne amoureuse ne répond pas à cette part dans l’être aimé,
mais en elle-même, seulement elle ne le sait pas.
Travailler
une relation nécessite de retirer ce que nous avons projeté sur l’autre
personne, de façon à commencer à la voir telle qu’elle est. Les conflits douloureux
dans une relation intime servent à nous enseigner de quelle matière
émotionnelle nous sommes faits. Krishnamurti a merveilleusement saisi cela :
La relation
est le miroir dans lequel on se découvre soi-même.
Puisque cela implique de retirer les projections, c’est-à-dire en savoir plus sur
soi-même que nous ne le voudrions, beaucoup d’entre nous préfèrent quitter la
relation. (Pour être juste envers Krishnamurti, je dois ajouter qu’il entend
« relation » dans son sens le plus large, pas seulement les relations
romantiques ou interpersonnelles.)
La Rochefoucauld parlait de la projection
quand il écrivait : « Si l’on juge l’amour d’après la plupart de
ses résultats, il ressemble davantage à la haine qu’à l’amitié. », tout
comme Plautus, « Celui qui tombe amoureux rencontre un pire destin que
celui qui tombe d’une falaise. » Au contraire, Andrew Law décrit l’amour
plutôt que la projection quand il écrit : « L’amour est
infaillible ; il ne fait pas d’erreurs, car toutes les erreurs sont un manque d'amour. » Le lecteur intéressé pourra voir lesquelles parmi les 15
citations initiales se réfèrent à la projection et lesquelles à l’amour
véritable.
Après
avoir effectué une étude, Elaine
Walster a conclu que l’amour-passion ne dure pas plus
de trois à douze mois dans une relation. Par amour-passion elle entend celui
qui est accompagné de papillons dans l’estomac, d’une perte d’appétit,
d’insomnie et d’une accélération des battements de cœur.
La psychologue Charlotte
Kasl compare les symptômes de l’amour romantique à ceux du désordre
maniaco-dépressif, « humeur changeante… distorsions de la réalité ». C’est difficile de ne pas qualifier l’état
d’être amoureux de toxicomanie ou d’obsession. La
différence est qu’être
amoureux
est toujours soignable, par exemple par le mariage. Il semble indéniable que
l’état d’être amoureux est toujours temporaire.
Pendant
le stade « amoureux » nous n’exigeons rien de l’autre personne, et
lui permettons d’être autonome. Nous acceptons et apprécions nos différences.
Ensuite, au fur et à mesure que nos vies s’entremêlent, nous devenons
exigeants, voulant que l’autre nous convienne. Les différences mêmes qui nous
avaient attirés deviennent problématiques avec le stress de la vie normale.
Ici, l’ego, le méchant de la pièce de la relation, entre en scène.
Qu’est-ce
que faire l’expérience de “tomber amoureux” ? Fromm le décrit comme
« l’effondrement explosif des barrières entre deux étrangers ». Ainsi
l’extase qui accompagne l’expérience résulte d’une pseudo-union temporaire.
« Pseudo » parce que c’est l’emboîtement de deux projections, pas la
fusion des deux personnes. Par contraste, cesser d’être amoureux est le
processus de retour des frontières de l’ego : on réalise que nos souhaits,
nos besoins et notre rythme diffèrent de ceux de la personne aimée. Après un
contact suffisant avec la réalité la projection s’est dissoute. A ce point nous
avons l’opportunité de commencer à aimer dans un véritable sens.
Qui est
Madame/Monsieur Idéal ?
Il est
bien connu que beaucoup de femmes ont des demandes contradictoires concernant
un partenaire. Tandis qu’elles veulent une canaille pour le grand frisson,
elle veulent aussi un « bon gars » fiable avec lequel elles se
sentent en sécurité et dont elles peuvent dépendre. Une ambivalence similaire
existe chez les hommes, qui ont inventé la dichotomie fictive de « la
madone et la putain ».
Le professeur Mortley
a pointé que le taux élevé de divorces dans les pays occidentaux est moins un symptôme
de désillusion généralisée, que l’expression de notre idéalisme incroyable sur
l’amour et le mariage. Persuadés que s’ils peuvent trouver la bonne personne
ils vivront heureux pour toujours, beaucoup de gens se marient plusieurs fois.
Dr Candida Peterson
suggère que contrairement à la croyance romantique que certaines personnes sont
« faites l’une pour l’autre », le choix du partenaire peut être le
facteur le moins important dans la décision de faire durer ou non une relation.
Le
thérapeuthe familial Hugh Crago a analysé pourquoi les gens choisissent les
partenaires qu’ils choisissent. A un niveau nous choisissons inconsciemment une
personne dotée des qualités qui nous manquent. C’est ce qu’on appelle
« l’attirance des contraires ». A un niveau plus profond, nous
recherchons une personne qui nous ressemble : « Presque tous, avec
une mystérieuse précision, nous semblons reconnaître et nous accrocher à des
personnes qui sont notre égal ».
Une
autre observation souvent faite à propos du choix d’un partenaire est que nous
choisissons inconsciemment une personne avec le même caractère que notre père
ou notre mère.
La
jalousie dénote d’un manque d’amour (orientation). Si vous arrêtez une relation
parce que l’autre personne a une liaison avec quelqu’un d’autre, vous admettez
effectivement que vous n’aimiez pas la personne au départ. Vous placez les
demandes de votre ego – fierté, possessivité, et sécurité – plus hautes que
votre amour supposé. Vous ne pouvez vous sentir jaloux que si vous sentez que
vous « avez » l’autre personne, que dans un sens, vous la possédez,
ne serait-ce que sexuellement.
L’amour
est inépuisable: il n’y a aucune raison qu’une femme ne puisse aimer son mari
et son enfant, ou même cinq enfants. Ce qui est divisé c’est l’expression de
l’amour, qui demande du temps et un don actif de soi-même. Je pense aussi qu’il
est possible pour un homme d’aimer deux femmes, bien que cela conduise à des
problèmes.
Fromm
a résumé l’amour immature comme : “Je t’aime parce que j’ai besoin de toi” et
l’amour mature comme “J’ai besoin de toi parce que je t’aime.”
Il
existe de nombreuses formes de pseudo-amour : l’engouement sexuel; la fierté de
posséder; la fierté de création – y compris de créer des enfants ; la
sympathie ; la peur de la solitude ; l’égoïsme à deux (élargissant l’unité
égocentrique à deux personnes) ; le concept d’équipe du mariage ;
aimer l’autre personne en s’identifiant à elle ; l’adoration à distance.
La
dépendance est aussi souvent prise pour une forme d’amour. Scott Peck
souligne que « Quand on a besoin d’un autre individu pour survivre, on est
un parasite de cet individu. » Il définit la dépendance comme l’incapacité
de se sentir complet et de fonctionner de façon adéquate sans la conviction
qu'une autre personne s’occupe de vous. Aimer une autre personne de la façon
dont on aime un animal de compagnie est une autre forme de pseudo-amour décrite
par Peck. Il cite de nombreux cas de soldats américains ayant épousé des
« fiancées de guerre » asiatiques. Ils ont vécu des mariages
idylliques jusqu’à ce que leurs femmes apprennent l’anglais, et que les
mariages commencent à se déliter : « Les soldats ne pouvaient plus
projeter sur leurs femmes leurs propres pensées, sentiments, désirs, buts et ressentaient
la même proximité qu’avec un animal de compagnie. » Cela s’applique aussi
aux mères qui n’aiment leurs enfants que tant qu’ils sont petits.
La
dévotion aveugle, envers un gourou, un maître, un dirigeant politique ou un
mari dominateur, n’est pas non plus une véritable forme d’amour. La dévotion
manque, au moins en partie, de connaissance, de savoir-recevoir et d’intimité.
La dévotion est inégalitaire, reposant sur la subjugation qu’exerce l’être aimé
sur celui qui aime. C’est fondamentalement unilatéral, impliquant de la
projection et du culte. On sait aussi que l’admiration a un effet
distanciateur. De plus, vous pouvez être dévoué à quelque chose que vous ne
connaissez même pas. En fait, étant basée sur la projection, la dévotion repose
sur l’ignorance. Ceux qui sont totalement dévoués à une personne vivante ou à
une figure religieuse résistent de toutes leurs forces à trouver la vérité sur
les faiblesses de leur objet d’adoration. La fureur autour de « La
dernière tentation du Christ » illustre bien ce facteur. A mon avis il est
possible d’être dévoué à dieu, mais pas de l’aimer, puisque dieu est l’inconnu
ultime. La discipline orientale du bhakti yoga est correctement vu comme le
yoga de la dévotion, pas comme le yoga de l’amour.
Peter Hoeg
nous donne un indice sur la raison de l’amour passionnel qui se transforme en
haine : « Au fond de chaque amour aveugle et absolu grandit la haine
envers l’être aimé, qui détient maintenant la seule clef existante du bonheur
de la personne qui l’aime. »
Une
autre mauvaise conception de l’amour vient probablement de l’époque de la
chevalerie (à part dans les histoires d’amour hystériques, une telle
époque a-t-elle jamais existé ?). Le seul vrai critère de l’amour pour une
autre personne serait notre capacité à nous sacrifier pour elle. Un père
qui travaille jour et nuit pour que ses enfants héritent de beaucoup d’argent
fait peut-être un sacrifice, mais il les aimerait bien davantage s’il passait
plus de temps avec eux.
Le
sacrifice est peut-être une marque de dévouement, mais pas d’amour mature.
L’amour mature tient compte des besoins des deux parties et les équilibre.
Pourtant, bien sûr, si nous aimons quelqu’un nous lui exprimons notre affection
en faisant des sacrifices pour l’autre personne quand il le faut. Autrement
nous ne serions pas dans le don véritable. Le critère dépassé du sacrifice est
basé sur le fait que nous plaçons l’autre personne avant nous-mêmes, sur le
déni de soi, et finalement sur l’auto-abnégation. Peck a écrit : « C’est
vrai que l’amour implique un changement à l’intérieur de soi, mais c’est une
extension de soi-même plutôt qu’un sacrifice de soi-même… cela nous remplit
plutôt que cela nous réduit. » (Notez que cela contredit directement
Krishnamurti. Les deux hommes explorent l’amour à des niveaux différents.)
Croire
que se sacrifier soit le bien le plus haut équivaut à se rabaisser soi-même. Au
mieux, l’élévation du sacrifice en tant que valeur est une compensation pour
l’égoïsme naturel que nous dissimulons tous. Alors que le remède contre
l’égoïsme est l’amour de soi, pas le déni de soi.
Il est
maintenant largement reconnu que nous ne pouvons
aimer les autres que si nous nous aimons nous-mêmes. L’amour de soi ne doit pas
être confondu avec le narcissisme, la suffisance ou l’égotisme. Ces attitudes
sont en fait des défenses qui naissent d’un manque d’amour de soi. L’amour de
soi inclue de s’accepter soi-même (ce qui implique de se pardonner), de se
valoriser, de s’occuper de soi, d’être responsable pour soi-même, ainsi que la
connaissance de soi et le respect de soi. L’égoïsme est le contraire de l’amour
de soi. En fait les personnes égoïstes se détestent. Fromm résume ainsi la
persone égoïste : « Elle est nécessairement malheureuse et s’acharne
à tirer de la vie les satisfactions qu’elle s’empêche elle-même
d’atteindre. »
Il
est absurde de dire “Aimez les autres, mais ne vous aimez pas vous-mêmes »
Pourquoi seriez-vous le seul être humain qui ne mérite pas votre amour ? Puisque
toutes les personnes ont une valeur égale c’est illogique de placer quelqu’un
avant vous-même.
Amanda Vallis a écrit :
Si nous méprisons les attributs que nous voyons en
nous-mêmes il s’ensuit que nous méprisons ces mêmes attibuts chez les autres,
ce qui nous empêche d’aimer et d’accepter les gens comme ils sont. Si nous
recherchons, trouvons et aimons les belles qualités que nous voyons en
nous-mêmes nous pouvons alors faire la même chose avec les autres personnes.
Comment
pouvons-nous travailler sur l’amour de soi ? Comme pour l’amour pour les
autres, nous pouvons agir de façons qui renforcent notre amour pour nous-mêmes.
De tels actes génèrent aussi le sentiment d’amour pour nous-mêmes. S’aimer
soi-même requiert de s’accepter, c’est-à-dire ne juger aucune de nos
émotions, incluant des émotions inconfortables comme la sentimentalité,
l’envie, la convoitise, la haine et la colère. S’accepter soi-même requiert
l’élimination de la culpabilité. Une façon de le faire est de se pardonner pour
notre passé. S’aimer soi-même implique de se comporter d’une manière qui
valorise notre temps, notre amitié, notre sexualité, et notre individualité.
Cela inclue de s’occuper activement de nos besoins dans les domaines de notre
vie, comme la santé, le développement personnel et professionnel, l’éducation,
se faire des amis, les relations amoureuses, la créativité, la liberté, donner
du sens et se faire plaisir. S’occuper de soi-même signifie aussi faire ce
qu’il faut pour être responsable pour soi-même, plutôt que de blâmer les autres
ou les circonstances pour nos problèmes. Une façon d’encourager le respect de
soi et l’amour de soi est de tenir les engagements (ou les résolutions) que
nous prenons avec nous-mêmes. Pour s’aimer soi-même nous avons besoin de nous
connaître, surtout nos besoins profonds. Enfin, nous avons besoin de cultiver
le respect de soi en écoutant et en valorisant nos sentiments et notre dialogue
intérieur.
Fromm signale une erreur
répandue à propos de l’amour :
L’illusion que l’amour signifie nécessairement l’absence de
conflit. Tout comme il est habituel pour les gens de croire que la douleur et
la tristesse devraient être évitées dans tous les cas, ils croient que l’amour
signifie l’absence de tout conflit. Et ils trouvent de bonnes raisons pour
cette idée dans le fait que les conflits autour d’eux semblent n’être que des
interactions destructrices qui n’apportent aucun bien à aucune des personnes
concernées. Mais la raison en est que les « conflits » de la plupart
des gens sont en fait des tentatives pour éviter le vrai conflit. Ce sont des
désaccords sur des sujets mineurs ou superficiels qui par leur nature même ne
peuvent être clarifiés ou solutionnés. Les vrais conflits entre deux personnes,
ceux qui ne servent pas à recouvrir ou à projeter, mais qui sont vécus au
niveau le plus profond de leur réalité intérieure, ne sont pas destructeurs.
Ils conduisent à la clarification, ils produisent une catharsis dont les deux
personnes ressortent avec plus de connaissance et plus de force.
Aimer
est la plus haute expression de la capacité humaine, tout comme donner est la
plus grande expression de la puissance humaine. Fromm a fait l’observation
fondamentale que l’amour « est la seule réponse saine et satisfaisante à
la problématique de l’existence humaine. » Il remarque aussi qu’aimer
quelqu’un signifie que l’autre personne cesse d’être un objet.
Victor Frankl a écrit:
L’amour est l’unique moyen de saisir le coeur intérieur d’un
autre être humain. Personne ne peut connaître l’essence même d’un autre être
humain sans l’aimer. L’amour permet de voir les traits essentiels de la
personne aimée ; et même de voir ses potentialités, qui ne sont pas encore
révélées mais qui doivent l’être.
L’affirmation
superficiellement fausse « Tu es amour » signifie que votre nature la
plus essentielle est la faculté ou le potentiel d’aimer. Cette faculté est
toujours présente, qu’on l’exerce ou non. Aimer une autre personne c’est
trouver un centre d’intérêt pour votre faculté d’aimer, de manifester ce qui
est déjà en vous. Comme le dit Vincent Van Gogh :
De mon point de vue « L’art d’aimer
» d’Erich Fromm, que j'ai librement cité, est de loin le meilleur traitement du
sujet de l’amour. Comme mon professeur préféré le disait à
la classe : « Lisez-le avant de mourir. »
Je
suis impressionné que le critère de Fromm soit la caractérisation la plus
précise de l’amour érotique :
que j’aime du
plus profond de mon être et que je connaisse l’autre personne au plus profond de
son être.
Tad Boniecki
Traduit par Francine Ducrot
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